L’Uruguay permet la détention et l’utilisation contractuelle de cryptoactifs et dispose désormais d’un cadre réglementaire pour les professionnels qui fournissent des services sur actifs virtuels.
Pour un investisseur international, l’intérêt du pays réside dans la combinaison d’un droit de propriété stable, d’un marché immobilier largement orienté vers le dollar, d’une réglementation dédiée aux prestataires crypto et d’un régime fiscal potentiellement favorable à certains nouveaux résidents.
Résumé exécutif
- La détention et l’utilisation conventionnelle de cryptoactifs ne sont pas interdites en Uruguay, mais Bitcoin, Ether et les stablecoins ne sont pas des monnaies ayant cours légal.
- Un immeuble directement échangé contre des cryptoactifs est juridiquement qualifié de permuta, c’est-à-dire d’échange de biens.
- Le paiement en crypto ne supprime ni les impôts immobiliers, ni les frais notariaux, ni les obligations de justification de l’origine du patrimoine.
- La réglementation uruguayenne encadre les prestataires professionnels d’échange, de transfert, de conservation et d’administration d’actifs virtuels.
- Le régime fiscal de l’article 24-BIS peut produire une imposition uruguayenne effective de 0% pendant onze exercices sur certaines rentes étrangères, sous réserve d’éligibilité.
- Ce régime ne couvre pas automatiquement toutes les plus-values sur Bitcoin, toutes les activités de trading ou tous les revenus d’une société étrangère.
Quel est le statut juridique des cryptomonnaies en Uruguay ?
Le Banco Central del Uruguay considère les actifs virtuels comme des représentations numériques de valeur ou de droits contractuels pouvant être stockées, transférées et négociées électroniquement.
Ils peuvent être utilisés contractuellement comme instruments de paiement ou d’investissement, mais ils ne sont pas une monnaie officielle émise ou garantie par la Banque centrale. Leur acceptation repose donc sur l’accord privé des parties.
La Ley N.º 20.345, promulguée le 19 septembre 2024, a intégré les prestataires de services d’actifs virtuels au périmètre de réglementation et de supervision du BCU. Cette loi ne crée pas une liste de tokens individuellement « autorisés » ; elle encadre principalement les opérateurs professionnels.
Peut-on acheter un appartement ou une maison avec des cryptomonnaies ?
Oui, lorsque le vendeur ou le promoteur l’accepte et qu’un escribano uruguayen peut instrumenter l’opération.
Dans la Consulta Tributaria N.º 6419, la DGI a considéré que la cryptomonnaie n’est ni de l’argent ni de la monnaie électronique pour les besoins de cette opération. L’échange direct d’un immeuble contre des cryptoactifs est donc une permuta entre un bien immobilier et un bien meuble incorporel.
Conversion préalable en dollars ou en pesos
L’acquéreur peut convertir ses BTC, ETH ou stablecoins USDT avant le closing. Le vendeur reçoit alors une monnaie traditionnelle et l’acte est structuré comme une compraventa immobilière classique.
Cette solution est généralement la plus simple pour le vendeur, le promoteur, l’escribano et la banque réceptrice. La conversion constitue néanmoins une cession distincte du cryptoactif et peut produire ses propres conséquences fiscales.
Transfert direct de cryptoactifs au vendeur
Les parties peuvent également convenir d’un transfert direct de BTC, ETH, USDT, USDC ou d’un autre actif numérique. L’acte devra alors être structuré comme une permuta.
Le contrat devrait préciser :
- la nature et la quantité de l’actif transféré ;
- la blockchain et le réseau utilisés ;
- l’adresse du wallet destinataire ;
- le nombre de confirmations nécessaires ;
- la source de cotation ;
- la date et l’heure de valorisation ;
- la valeur exprimée en pesos ou en dollars ;
- la règle applicable en cas de forte variation de prix ;
- la procédure en cas d’erreur d’adresse ou d’échec de transaction.
Quels impôts s’appliquent à un achat immobilier en crypto ?
L’Impuesto a las Transmisiones Patrimoniales
Le recours aux cryptoactifs ne supprime pas l’ITP. Dans les opérations immobilières à titre onéreux, le taux ordinaire est de 2% pour le cédant et de 2% pour l’acquéreur. La base fiscale est déterminée selon les règles cadastrales et fiscales applicables, et ne correspond pas nécessairement au prix commercial.
L’IRPF sur la plus-value immobilière
Lorsqu’un vendeur personne physique réalise une plus-value sur un immeuble urbain, l’IRPF est généralement calculé au taux de 12% sur la rente fiscale déterminée, et non sur la totalité du prix.
Lorsque le vendeur est une société, un promoteur ou un opérateur professionnel, l’IRAE, la TVA et d’autres règles peuvent s’appliquer.
La cession des cryptoactifs par l’acquéreur
En transférant ses cryptoactifs contre l’immeuble, l’acquéreur cède également un actif numérique. Une éventuelle plus-value doit être analysée séparément.
En Juillet 2026, il n’existe pas de règle publique unique permettant d’appliquer un même traitement fiscal à toutes les cessions personnelles de BTC, ETH, stablecoins, tokens DeFi, staking ou dérivés. La résidence fiscale, la nature de l’actif, le coût documenté, la détention directe ou sociétaire et la fréquence des opérations peuvent modifier l’analyse.
Source of wealth et traçabilité : le véritable enjeu
Une transaction immobilière financée en crypto n’échappe pas aux contrôles d’origine des fonds et d’origine du patrimoine.
Le vendeur, le promoteur, l’escribano, un prestataire OTC ou une banque peuvent exiger :
- les relevés des exchanges utilisés ;
- les justificatifs des acquisitions initiales ;
- les adresses publiques des wallets ;
- les hashes des transactions ;
- la preuve de contrôle des wallets ;
- les déclarations fiscales antérieures ;
- les documents expliquant l’origine économique du patrimoine ;
- l’identification des sociétés et bénéficiaires finaux ;
- un rapport spécialisé d’analyse blockchain.
La blockchain prouve qu’une transaction a eu lieu. Elle ne démontre pas automatiquement l’origine économique licite des actifs ni le respect des obligations fiscales antérieures.
Résidence fiscale en Uruguay et régime de onze exercices
Il faut distinguer résidence légale, résidence fiscale et nationalité. Une cédula ou un titre de séjour n’établit pas automatiquement la résidence fiscale.
La résidence fiscale peut notamment résulter d’une présence supérieure à 183 jours pendant l’année civile ou de la localisation en Uruguay du centre principal des activités, des intérêts économiques ou des intérêts vitaux.
Le régime de l’article 24-BIS
Depuis le 1er janvier 2026, certaines personnes devenant résidentes fiscales en Uruguay peuvent opter pour l’IRNR pendant l’exercice du changement de résidence et les dix exercices suivants, soit onze exercices au total.
Pour les revenus compris dans le champ légal, cette option peut produire une imposition uruguayenne effective de 0%. Elle ne constitue pas une exonération générale de tous les revenus mondiaux.
Les principales conditions comprennent notamment :
- ne pas avoir été résident fiscal uruguayen pendant les deux exercices précédents ;
- ne pas avoir utilisé l’ancien régime de l’article 24 ;
- exercer l’option une seule fois ;
- investir plus de 12 500 000 UI dans l’immobilier ;
- ou capitaliser au moins 625 000 UI par an dans certains fonds éligibles ;
- ou remplir chaque année la causal de présence supérieure à 183 jours, sans devoir satisfaire les conditions d’investissement précédentes.
Les seuils sont exprimés en Unidades Indexadas et doivent être recalculés à la date pertinente.
Une société étrangère de trading peut-elle bénéficier d’un taux effectif de 0% ?
Potentiellement pour certaines catégories de revenus, mais jamais du seul fait d’être constituée à l’étranger.
Il faut distinguer :
- les bénéfices conservés par la société ;
- les dividendes distribués ;
- les intérêts ou rendements de capital ;
- les salaires et rémunérations de dirigeant ;
- les management fees et honoraires ;
- les gains sur titres financiers ;
- les gains sur crypto spot ;
- les résultats de produits dérivés.
Depuis 2026, certaines rentes obtenues par une entité étrangère peuvent être imputées directement au bénéficiaire final résident uruguayen lorsque sa participation atteint au moins 5%. Cette transparence ne supprime pas nécessairement l’intérêt du Tax Holiday, mais empêche de considérer la société étrangère comme un écran universel.
Les salaires, les prestations exercées depuis l’Uruguay, les honoraires personnels, les perpetual futures, les options, les swaps, le staking décentralisé ou toutes les plus-values sur Bitcoin ne doivent pas être présentés comme automatiquement exonérés.
Pourquoi l’Uruguay peut intéresser les investisseurs en actifs numériques
L’Uruguay ne devrait pas être présenté comme un « paradis fiscal crypto ». Son positionnement le plus crédible est celui d’une juridiction stable, réglementée et compatible avec des patrimoines numériques documentés.
- Le pays dispose d’un cadre pour les opérateurs professionnels.
- Les cryptoactifs peuvent être intégrés contractuellement à une opération.
- Une partie du patrimoine numérique peut être transformée en immobilier tangible.
- Le marché immobilier est largement orienté vers le dollar.
- Certains nouveaux résidents peuvent accéder à un régime temporaire sur des rentes étrangères déterminées.
- Le système privilégie la conformité, la traçabilité et la sécurité juridique.
Risques et points de vigilance
- Volatilité : la quantité de BTC ou d’ETH nécessaire peut varier avant le closing.
- Stablecoins : risques d’émetteur, de réserve, de depeg et de blocage.
- Risque technique : une erreur de réseau ou d’adresse peut être irréversible.
- Traçabilité : mixers, wallets sanctionnés ou fonds issus de piratages peuvent bloquer l’opération.
- Pays quitté : la résidence fiscale uruguayenne ne met pas automatiquement fin à une résidence antérieure.
- Direction effective : une société étrangère peut être contestée si elle est réellement gérée depuis l’Uruguay.
- Risque bancaire : une transaction on-chain valable n’oblige pas une banque à accepter les fonds convertis.
Checklist avant une acquisition
- Confirmer que le vendeur ou le promoteur accepte le principe de l’opération.
- Choisir entre conversion préalable et permuta directe.
- Obtenir une qualification écrite de l’escribano.
- Faire calculer l’ITP, l’impôt éventuel du vendeur et les frais.
- Analyser la fiscalité de la cession des cryptoactifs utilisés.
- Préparer le dossier de source of wealth et de traçabilité blockchain.
- Vérifier l’acceptation des fonds par les prestataires et banques concernés.
- Définir la cotation, le réseau, le wallet et le moment du transfert.
- Analyser la résidence fiscale dans le pays quitté et en Uruguay.
- Faire valider séparément l’éligibilité éventuelle à l’article 24-BIS.
Conclusion
L’Uruguay offre un cadre réel pour les investisseurs disposant d’un patrimoine numérique. Il est possible d’y structurer l’acquisition d’un bien immobilier soit après conversion en monnaie traditionnelle, soit au moyen d’une permuta directe acceptée par le vendeur.
Cette possibilité ne transforme pas les cryptomonnaies en monnaie officielle et ne supprime aucune obligation fiscale ou réglementaire.
Le régime des nouveaux résidents peut renforcer l’intérêt de l’Uruguay pour certains détenteurs de revenus étrangers, mais le taux effectif de 0% ne concerne que les revenus entrant dans le champ légal et sous réserve des conditions applicables.
L’Uruguay est donc moins un refuge pour capitaux anonymes qu’une base potentielle pour des investisseurs capables de documenter, structurer et déclarer leur patrimoine.
FAQ : cryptomonnaies, immobilier et fiscalité en Uruguay
Les cryptomonnaies sont-elles légales en Uruguay ?
Leur détention, leur transfert et leur utilisation contractuelle ne sont pas interdits. Elles ne constituent toutefois pas une monnaie ayant cours légal et ne sont pas garanties par le Banco Central del Uruguay.
Peut-on payer un appartement en Bitcoin en Uruguay ?
Oui, lorsque le vendeur l’accepte. Un transfert direct est néanmoins qualifié de permuta et non de vente payée en monnaie.
Le vendeur est-il obligé d’accepter la crypto ?
Non. L’acceptation dépend d’un accord privé entre les parties.
Le paiement en crypto évite-t-il l’ITP ?
Non. L’ITP reste normalement applicable à l’opération immobilière.
Les plus-values sur Bitcoin sont-elles exonérées en Uruguay ?
Il n’existe pas d’exonération générale. Le traitement dépend de la résidence fiscale, de la nature de l’actif, de la source, de l’activité et de la structure retenue.
Un nouveau résident peut-il bénéficier de onze exercices à 0% ?
L’article 24-BIS peut produire ce résultat pour certains revenus étrangers et sous réserve d’éligibilité. Il ne couvre pas tous les revenus.
Une société étrangère de trading garantit-elle le taux de 0% ?
Non. La substance, la direction effective, la nature des revenus et les règles d’imputation doivent être examinées.
Les perpetual futures sont-ils couverts ?
Ils s’apparentent généralement à des instruments dérivés et ne doivent pas être présentés comme automatiquement couverts par l’article 24-BIS.
Quels documents un acheteur crypto doit-il préparer ?
Relevés d’exchanges, preuves d’achat, wallets, hashes de transactions, déclarations fiscales, documents de source of wealth et, le cas échéant, rapport d’analyse blockchain.
Sources
- Banco Central del Uruguay — Activos Virtuales.
- Banco Central del Uruguay — Comunicado sobre activos virtuales.
- IMPO — Ley N.º 20.345.
- DGI / IMPO — Consulta Tributaria N.º 6419.
- DGI — Impuesto a las Transmisiones Patrimoniales.
- DGI — IRPF, incrementos patrimoniales de inmuebles urbanos.
- IMPO — Título 7, article 24-BIS.
- DGI — Nouvelles catégories de revenus étrangers.
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